
"Je vais en résidence" une expression qui peut faire rêver nombre de musiciens...
Quand Ivan m'a dit "Poulpe, on va aller en résidence pour les Rois de la Suède", j'ai fait le mec qui opinait du chef en la jouant "ouais okay cool", en ne comprenant rien de ce qu'il me disait.
Le monde de la musique est plein de codes et de termes techniques qui me passent très loin au dessus de la tête, alors j'essaie de donner le change pendant les conversations entre musiciens, mais la plupart du temps leurs voix résonnent dans ma tête comme le bruit d'un sonar qui cherche en vain dans le néant.
Je rentrais chez moi en rongeant mes ongles d'anxiété "résidence... résidence..." je me colle sur Google images et je tape 'Résidence'. La première image qui sort est celle du titre de cet article.
Ok, une piscine classe, un hôtel style Maori. Ok. J'ai hâte qu'on aille en résidence !
...
ça fait deux jours maintenant que nous sommes en résidence. J'ai de la peine à bouger mes bras sur ce clavier afin de coucher ces quelques lignes. Puis je me trainerai péniblement vers mon lit afin d'essayer d'oublier les courbatures qui ronge mon squelette si bien enveloppé.
J'ai appris à mes dépends ce qu'était une résidence.
Nous sommes enfermés pendant 5 jours dans une salle de concert vide, et nous jouons nos morceaux pendant 8 heures par jour. Nous nous levons à 7H30 tous les matins, nous prenons le RER pendant 45 min pour aller dans un endroit où la 3G de mon iphone ne passe pas, et nous nous cloitrons dans cette house of pain qu'est notre résidence.
Là bas, la vie est grise.

Il n'y a pas de commerces, ni de gens. Notre seule récréation de la journée, c'est manger. Mais nous restaurer est une tâche difficile, c'est seulement durant une tranche horaire bien précise. Il faut vite sortir pendant ce court laps de temps où la seule source de victuailles est disponible :

La remorque sandwichs nous offre de maigres consolations telles qu'une barquette de frite, ou un américain steak-frites sauce harissa.
Puis nous retournons, le dos courbé, le pas lourd, vers notre résidence.
Que puis-je offrir en guise de conclusion ? une énième plainte de ma part qui soit disproportionnée et qui tourne en ridicule ma pauvre fortune ? Non.
Non aujourd'hui je suis bien décidé à ne pas terminer un article avec une blague alors que le moment est difficile pour moi.
En quittant mon ancienne entreprise (Disney pour ne pas la citer), je m'étais juré de ne plus prendre de RER le matin en même temps que les autres gens qui vont travailler, je m'étais juré de quitter à tout jamais le mode de vie de l'humain normal qui travaille. Et me voilà à devoir marcher doucement dans le flot humain dans le metro à 8 H pour prendre ma correspondance, me voilà à faire la queue à midi pour m'acheter un merguez-frites sauce mayo, et me voilà à devoir rentrer le soir chez moi, crevé physiquement, intellectuellement, et me trainer dans mon canapé pour regarer la roue de la fortune parce que je suis incapable de faire quoique ce soit d'autre.
Je tape du poing sur la table de ma conscience et je fais un bon gros 'Fuckzob' à Dame Nature ! Cette semaine tu ne gagneras pas espèce de vieille salope ! Malgré les conditions de vie qui s'imposent à moi cette semaine, je prendre quand même le truc à l'envers ! Fuckzob Dame Nature !
... FUCKZOB !